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Sport

Une Coupe du Monde plus politique que sportive ?

« Le football unit le monde » Gianni Infantino

8 juin 2026La rédactionClermont-Ferrand5 min de lecture
Une Coupe du Monde plus politique que sportive ?

Nouveau format avec 48 équipes, 104 matchs, une Coupe du monde conçue pour les plus grands fans et compétiteurs. Mais le football se joue-t-il uniquement sur la pelouse, ou aussi dans les bureaux ?

Trump et les États-Unis avant tout

Lors de son premier mandat, Donald Trump a obtenu, en 2018, la co-organisation de la Coupe du monde avec le Mexique et le Canada. Les votes de chaque État n'étant pas anonymes, il aurait obtenu les voix nécessaires en menaçant de sanctions économiques les pays qui ne voteraient pas pour les États-Unis. Cette compétition est l'événement phare de son deuxième mandat. Amateur de spectacle et friand de se retrouver au centre de l'attention, il compte bien en profiter pour se mettre en avant, ce qui ne devrait pas manquer de lui rapporter des points à l'approche des élections de mi-mandat prévues le 3 novembre 2026.

Pourtant coorganisée par trois pays, la compétition est loin d'être équitablement répartie : sur un total de 104 matchs, les États-Unis n’en accueillent pas moins de 78, contre seulement 26 pour le Canada et le Mexique réunis. Cette disproportion s'explique par le fait que les États-Unis disposent davantage de stades, qu'ils sont le moteur financier de la candidature « United 2026 » et qu'ils possèdent le marché publicitaire et télévisuel le plus important au monde. Les États-Unis se servent de la Coupe du monde pour afficher leur supériorité à l'image de la Russie en 2018, où Vladimir Poutine avait utilisé le Mondial comme outil de soft power pour asseoir son statut de grande puissance, ou du Qatar en 2022, pour qui l'événement représentait l'aboutissement d'une diplomatie sportive de plus de vingt ans visant à faire rayonner le pays sur la scène internationale.

Trump et le sport

D'un point de vue sportif, Donald Trump est davantage associé au golf, au catch ou au MMA qu'au football. Jusqu'ici, il n'a jamais témoigné d'un grand intérêt pour ce sport, sauf lorsqu'il représente une opportunité. Grand amateur de golf depuis des années et décrit comme un mauvais perdant, il continue à pratiquer et à participer à des tournois malgré ses fonctions. Il a également investi dans des parcours prestigieux aux quatre coins du globe. Passionné de sports de combat, il est régulièrement convié à des événements de catch et a déjà participé à des shows WWE et UFC.

Les États-Unis ne sont pas une terre de football : le baseball, le basketball et le football américain dominent les cœurs, et le « soccer » y était longtemps associé culturellement aux femmes. Trump tente donc de transformer son pays en terre de foot pour en tirer les bénéfices. C'est ainsi qu'il s'est soudainement pris d'affection pour le ballon rond à l'occasion de la Coupe du monde des clubs en 2025, allant jusqu'à assister à la finale PSG-Chelsea.

Une liaison étroite

L'actuel occupant de la Maison-Blanche et le président de la FIFA entretiennent une relation pour le moins singulière. Tout comme Trump, Gianni Infantino est un homme de pouvoir, il en est à son quatrième mandat, élu par acclamation et sans véritable contre-pouvoir. C'est lui qui déclare sans détour que Trump « adore le foot ». La FIFA a même choisi la Trump Tower pour exposer le trophée de la Coupe du monde des clubs pendant toute la durée du tournoi, et l'organisation a décidé d'y installer des bureaux. Infantino est allé jusqu'à créer un prix FIFA de la paix spécialement pour l'attribuer au président américain, ce dernier n'ayant pas obtenu le prix Nobel de la paix. Une récompense pour le moins absurde au regard des agissements de Donald Trump : opération militaire contre l'Iran, tentative d'arrestation du président vénézuélien... Infantino semble prêt à tout céder pour satisfaire les souhaits du président américain, au mépris de la crédibilité de son organisation. La Russie, elle, est suspendue de toute compétition internationale pour son invasion de l'Ukraine. Les États-Unis, en conflit ouvert avec l'Iran, organisent et jouent quant à eux le Mondial.

Un accès réservé

« Le football unit le monde », aime à répéter Gianni Infantino. Pourtant, tous les pays qualifiés pour cette Coupe du monde ne sont pas logés à la même enseigne lorsqu'il s'agit de fouler le sol américain. Les ressortissants de plusieurs nations africaines devaient ainsi verser une caution pouvant atteindre 15 000 dollars (environ 13 000 euros) pour obtenir un visa. Le 20 mai 2026, l'administration Trump a assoupli ces règles : les supporters ivoiriens, sénégalais, algériens, tunisiens et cap-verdiens sont désormais dispensés de cette caution. Une bonne nouvelle ? En apparence seulement. Car cette dispense est soumise à deux conditions cumulatives : être en possession d'un billet pour la phase finale du Mondial, et s'être inscrit sur le système FIFA Pass avant le 15 avril 2026.

L'Iran et Haïti, également qualifiés, font face à des interdictions autrement plus sévères. Côté iranien, l'entrée sur le territoire américain est tout simplement bloquée : à quelques jours du coup d'envoi, la fédération iranienne de football n'avait toujours pas obtenu les visas de ses joueurs pour les États-Unis, tandis que les supporters se heurtent à une interdiction totale. Côté haïtien, les joueurs bénéficient d'une exemption et pourront bien disputer leurs matchs mais les supporters, eux, ne seront pas au rendez-vous.

Cette Coupe du monde met ainsi en lumière une fracture profonde : certaines équipes fouleront la pelouse seules, sans un seul supporter venu de leur pays, quand d'autres évolueront devant des milliers de leurs compatriotes. Une inégalité de traitement qui contredit frontalement la belle formule d'Infantino.

EMMANUEL TORRES GIRAUD

Tags : Clermont-Ferrand

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