La France aime se penser patrie de l’égalité. Pourtant, lorsqu’il s’agit d’ouvrir les portes de Palais de l’Élysée à une femme, elle hésite, tergiverse, recule. Depuis la naissance de la Ve République, aucun scrutin n’a porté une femme au sommet de l’État. Comme si, au moment décisif, le vieux réflexe revenait : chef suprême rime encore avec masculin.
Le paradoxe est saisissant. La loi sur la parité, que certains surnommaient avec ironie la loi « chabada bada », clin d’œil au film Un homme et une femme de Claude Lelouch, a transformé les conseils municipaux, les départements, les régions. Les femmes administrent, arbitrent, décident. Mais pour l’Élysée, le plafond de verre résiste.
À l'heure actuelle, les figures féminines semblent empêchées, seulement d'essayer. Marine Tondelier peine à convaincre jusque dans son propre camp. Marine Le Pen avance sous l’ombre d’un empêchement judiciaire. Rachida Dati risque de payer durablement son échec parisien.
Pendant ce temps, les hommes, de tous les partis, se déclarent en foule, invoquant la démocratie comme on réserve une place entre initiés. Même les primaires ont souvent confirmé ce biais : les femmes y sont moins soutenues, plus vite contestées, plus sévèrement jugées.
Jugées incapables ? Trop fermes ? Trop libres ? Trop dérangeantes ? Pourtant, de nombreuses études, notamment celle de Harward Business Review en 2019, montrent qu’un leadership plus féminin favorise l’écoute, la coopération, la décision collective et la vision de long terme.
Le monde économique raconte la même histoire : seules cinq entreprises du CAC 40 sont dirigées par des femmes.
La France ne manque ni de talents féminins ni d’exemples. Elle manque encore d’un déclic collectif.

Marc-Alexis Roquejoffre